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Appel de Vienne

Résolution de la conférence sur "L’élargissement de l’UE et le rôle des ONGD"

Vienne - 18-20 novembre 1998

A l’occasion de la tenue de la première conférence de ce type depuis le début des discussions sur l’élargissement de l’Union européenne, quelque 150 représentants d’organisations non gouvernementales de développement (ONGD) d’Europe orientale, centrale et occidentale ainsi que des pays en développement se sont réunis à Vienne pendant trois jours - événement qui marque la naissance d’un nouveau dialogue sur la coopération intercontinentale.

Au cours de la dernière décennie, la fin de la Guerre froide et l’intégration européenne ont conduit les intérêts géopolitiques prioritaires européens à s’éloigner du Sud. La Présidence autrichienne du Conseil s’est elle-même donné pour objectif d’accomplir "des progrès rapides dans le processus d’élargissement" et a assigné une priorité importante au "renforcement de la dimension sociale en Europe".

En ces temps de mondialisation et d’accroissement du fossé qui sépare les riches et les pauvres, le renforcement de la dimension sociale ne devrait pas être restreint au continent européen mais devrait être abordé dans le cadre d’une perspective globale.

A deux reprises, le Parlement européen a déjà adopté des résolutions se référant à l’incidence de l’élargissement sur l’aide au développement. La résolution du 4 décembre 1997 demande à la Commission et au Conseil de veiller à ce que l’élargissement n’entraîne pas une réduction des ressources consacrées à l’aide aux pays en voie de développement "traditionnels" et que les nouveaux Etats membres soient également impliqués dans les politiques d’aide au développement de l’UE. Une résolution du 18 décembre 1997 stipule que: "la politique d’aide au développement mise en oeuvre par l’Union européenne, en particulier dans le cadre de la Convention de Lomé, est l’une des caractéristiques permanentes de l’Union qui doit être perpétuée et que les pays candidats à l’adhésion doivent intégrer".

Les participants à la conférence de Vienne ont soutenu cette demande. Une Europe forte ne peut pas échapper à son devoir de promouvoir le développement durable, économique, social et démocratique en Afrique, Asie et Amérique latine ainsi que de contribuer à la résolution pacifique des conflits.

Les réactions du Fond Monétaire International, de la Banque mondiale ainsi que de différents pays industrialisés face aux conséquences catastrophiques de l’ouragan Mitch en Amérique centrale ont démontré que l’annulation des dettes étrangères des pays les plus pauvres par les donateurs de l’est et de l’ouest était possible. Devrons-nous attendre que se déroulent de nouveaux désastres avant que d’autres pays se voient également relevés du fardeau de la dette afin qu’ils puissent, enfin, investir leurs recettes d’exportation dans leur propre développement?

En concertation avec le Comité de liaison à Bruxelles, les plates-formes nationales des organisations non gouvernementales de développement (ONDG) de l’actuelle Présidence et de celles qui suivront l’année prochaine (Autriche, Allemagne et Finlande) ont exprimé leur soutien aux priorités suivantes:

- des efforts particuliers pour promouvoir un réseau Est/Ouest pour le partenariat et la coopération avec le Sud;

- l’élargissement de l’UE, les négociations de Lomé et les perspectives financières de l’Union pour la période 2000-2006.

Autant le processus d’intégration européenne s’approfondit, autant le Sud est en train de disparaître des médias et des préoccupations de l’opinion publique. Les relations avec le public et les campagnes d’éducation deviennent donc d’une importance vitale et la Commission devrait en conséquence prendre des mesures pour mettre en place des campagnes de promotion d’une "sensibilisation globale".

C’est pour toutes ces raisons que les délégués à la première conférence des ONGD de l’Ouest, de l’Est et du Sud en appellent à la réunion du Conseil qui se tiendra à Vienne les 11 et 12 décembre pour assurer que:

- les ressources financières affectées à la coopération au développement dans le futur cadre financier de l’UE ne soient pas bradées par rapport à celles assignées aux candidats à l’adhésion;

- que l’éventuel plafond imposé aux dépenses de l’UE (proposé par le ministre autrichien des Finances, Rudolf Edling, le 17 novembre 1998) ne mène pas à des coupes dans les dépenses d’assistance que ce soit en ce qui concerne les candidats à l’adhésion ou le Sud, dans la mesure où le choc des mesures de consolidation du budget ne doit pas être supporté par les pays les plus pauvres;

- que des fonds soient disponibles pour des campagnes de sensibilisation du public concernant les relations globales (campagnes d’éducation au développement), y compris des activités entreprises en coopération avec les ONG des pays candidats (et pas seulement dans les Etats membres actuels de l’UE);

- que l’UE soutienne les activités de la société civile dans les pays d’Europe centrale et orientale et établisse des programmes additionnels pour permettre aux organisations d’Europe centrale et orientale de déployer leurs capacités, d’accomplir un travail de sensibilisation sur les questions de développement et de coopérer avec les organisations du Sud.

Les délégués de la première Conférence des ONGD de l’Ouest, de l’Est et du Sud sont conscients qu’à l’avenir il ne sera pas possible d’accomplir ensemble le chemin qui mène à l’Europe s’il n’y a pas de compréhension mutuelle. C’est dans cet esprit qu’ils appellent la communauté toute entière des ONGD de l’Est et de l’Ouest à:

- intensifier les échanges d’informations, d’idées, et d’initiatives qui viennent d’être lancées, et

- à accroître les efforts pour créer un réseau opérationnel d’ONGD en Europe de l’Ouest et de l’Est.

C’est seulement sur cette base d’intérêts communs et d’engagements mutuels que nous accomplirons des progrès vers l’objectif d’un monde fondé sur la justice, l’égalité, la démocratie et la liberté.

Vienne, le 20 novembre 1998